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Une multitudes de chroniques historiques sur les 4 époques de l'Histoire, que ce soit ancienne, médiévale, moderne ou contemporaine. On y trouve des chroniques sur les hommes et les femmes qui ont fait l'Histoire, les événements marquants au plus insolites....

Les gauches en Europe (1918-1945) et aux Etats-Unis

Congrès de Tours de 1920 qui a vu la scission de la SFIO et la naissance du Parti communiste

Congrès de Tours de 1920 qui a vu la scission de la SFIO et la naissance du Parti communiste

 

Les gauches en Europe (France, Allemagne, Espagne et Royaume-Uni, Italie) et aux Etats-Unis de 1918  à 1945

 

Depuis le Ministère de l'Intérieur de Madrid, le 19 Juillet 1936, Dolores Ibârurri connu sous le nom de La Pasionaria, lance un appel “Vive la République du peuple ! Les fascistes ne passeront pas! Ils ne passeront pas”. En effet, face à la montée du fascisme en Europe, les gauches se sentent en danger. Ibârurri, communiste espagnole appelle à la défense de la démocratie face à l’ultra nationaliste hitlérien, espagnol et italien. Les gauches participent activement à lutter contre ces totalitarismes qui ont su grandir dans un contexte de revanche suite à la Grande Guerre, mais aussi à cause d’une ligne stalinienne qui a échoué, celle de la “classe contre classe”, laissant le fascisme gagner du terrain. 

Ces gauches qui ont su émerger au lendemain de la Première Guerre mondiale. correspondent aux mouvements sociaux et politiques qui s’opposent aux droites caractérisées par le libéralisme, le nationalisme et l’ordre. Les gauches sont elles aussi très diverses, parfois révolutionnaires, parfois réformistes, elles se caractérisent par la solidarité, la justice sociale, l’humanisme. Ils représentent les partis favorables aux changements en faveur des classes sociales les plus modestes. Il y a aussi la gauche extrême, le communisme qui prône la lutte contre le libéralisme et le capitalisme. 

Les gauches au lendemain de la Grande Guerre se développent en Europe et aux Etats Unis, poussées par des mouvements sociaux qui démontrent la nécessité d’une politique plus sociale. Le sujet limite géographiquement la réflexion, incluant l’Europe Occidentale, soit l’Europe de l’Ouest caractérisée par la France, l’Italie, Le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Allemagne; mais incluant aussi un pays outre Atlantique, les Etats Unis.  Ces pays ont des régimes politiques différents, que ce soit la monarchie, l’empire ou bien la République. Outre le cadre géographique, un cadre temporel est présent. 1918 à 1945 représente la période qui connaît la fin de la Grand Guerre, le traité de Versailles, l’entre deux guerres, mais aussi toute la Seconde Guerre mondiale. 

Jusqu’en 1945, l’histoire mondiale fut marquée par un temps de guerre. La Grande Guerre a propulsé avec violence près de millions d’Hommes dans un traumatisme collectif et qui appelle à la nostalgie de la Belle Epoque. Pendant l’entre deux guerres, les soldats endeuillés sacralisent la patrie victorieuse ou au contraire, préparent déjà la revanche. Mais la sortie de la guerre s’accompagne de difficultés économiques et sociales insoupçonnées. L’entrée en scène du communisme aggrave les tensions politiques. L’espoir que “l’Allemagne paiera” est vite illusoire. Le retour à l’ordre est lent. Déjà la crise de 1930 sape les bases d’un régime parlementaire fragile, ainsi que les bases d’un régime démocratique dans le monde. L’émeute du 6 Février 1934, le Front Populaire en 1936, les accords de Munich en 1938, la crise dynastique au Royaume Uni, le jeudi noir de Wall Street...sont les symptômes d’un profond malaise de la démocratie. 

La défaite de 1940 puis la “révolution nationale” de Vichy s’inscrivent au bout d’un long processus de défiance face à la Troisième République et au consensus national de 1919; défiance que l’on constate dans toute l’Europe et aux Etats Unis. Mais la Résistance face à la montée du fascisme permet le sursaut de la démocratie. L'héroïsme des résistants rejoint celui des poilus dans l’édification d’une glorification nationale mis au service de la République, et de la démocratie. La fin de la guerre et la Libération des pays assiégés par le fascisme, inaugure une période de réaffirmation de la souveraineté nationale, qui dure jusqu'au milieu des années 70. Les gauches ont su émerger sur le terreau des crises, mais à cause de leur querelle entre eux, le fascisme a su s’imposer dans plusieurs pays européens. Se rendant compte de leur avancée, un bloc des gauches se construit pour faire barrage. Les gauches ont su s’imposer dans l’échiquier politique et faire face à la menace fasciste. La fin de la Seconde Guerre Mondiale fut l’entrée d’une démocratie sociale portée par la gauche.

Comment les gauches émergent et font face aux crises démocratiques et économiques (fascismes)qui touchent l’Europe et les Etats Unis de 1918 à 1945 ?

La fin de la Première Guerre mondiale marque le souhait d’un retour à la normale impossible. Face à cela, la gauche se développe sur le terreau des crises économiques et sociales naissantes (I). Cependant, une autre crise financière fragilise les démocraties européennes et les Etats- Unis, obligeant les gauches à former un front contre les totalitarismes (II). Finalement, les valeurs démocratiques sortent vainqueurs et la gauche résistante forge la naissance de l’Etat Providence (III). 

 

I/L’impossibilité d’un “retour à la normale” au sortir de la guerre: la montée des gauches

  1. Entre difficulté économique et social: la poussée du mouvement social

Le Président des Etats Unis Warren Harding est élu en 1921 sur la promesse d’un désengagement américain en Europe et promet aux américains, un “retour à la normal”. Mais les conjonctures économiques et sociales qu’engendrent la nouvelle économie de paix conduisent à un chamboulement dans les structures politiques déjà existantes. “L’Allemagne paiera”, disent les français. Le monde pense retrouver la Belle Epoque une fois les ruines de la guerre relevées, mais vont de déception en désillusion. Mal remis de cinq ans de guerre, sûrs de leurs droits et de leurs valeurs, les pays démocratiques refusent de voir que le monde a changé. Personne ne souhaite voir maintenus indéfiniment le climat de tension et les contrôles rigoureux imposés par la guerre. Les européens et les américains les avaient acceptés comme situations exceptionnelles. A la fin de la guerre, il est normal de vouloir démanteler les gouvernements de guerre

L’Europe doit faire face à un climat social de plus en plus tendu. En effet, quand s’achève la première guerre mondiale, un grand nombre d’italiens éprouvent une désillusion face à la victoire. C’est la victoire mutilée. Des questions sociales et nationales les divisent et les opposent durement les uns aux autres. En Allemagne, la défaite a suivi les victoires militaires du printemps 1918. Ainsi, a lieu le démantèlement de l’Empire allemand et le Kaiser est exilé; une nouvelle République est en marche, dont les conservateurs et les nationalistes vont s’empresser de protéger les frontières et les valeurs de l’Allemagne. En Novembre 1918, le pays est totalement en train de se désintégrer. De nombreux parlementaires centristes se sont compromis en soutenant la guerre expansionniste en 1918. L’opposition organisée la plus importante se passe du côté du parti socialiste allemand, dont les dirigeants veulent désormais se présenter devant la scène politique. Cette opposition est connue sous le nom de “révolte spartakiste”. C’est un groupe social révolutionnaire qui a pour but de mettre en place la révolution sur le modèle bolchevique. Ce mouvement en 1919 se voit totalement écrasé à Berlin. 

Les difficultés économiques, sociales et politiques sont visibles aussi au Royaume Uni, qui comme en Allemagne, doit faire face à une crise de transition entre économie de guerre et de paix. Des crises sociales apparaissent et font émerger le parti travailliste. S’y ajoutent des grèves très dures dans les villes industrielles. Malgré tout, l’économie britannique se relève rapidement, ce qui ne fut pas le cas de la France. Ce schéma britannique est similaire au schéma français puisqu'une vraie crise se développe en vertu de la transition économique de guerre et du chômage que cela engendre. Cette situation est d’autant plus explosive que les gouvernements qui arrivent en octobre 1919 sont dans une politique de fermeture des avancées sociales. C’est la droite sous la bannière de Bloc National qui restreint cela. 

Une poussée sociale est en marche, que la droite ne prend pas en compte. L’Europe souhaite un renouveau fondé sur la solidarité et l’égalité, mais la chambre du Bloc National ne répond à aucunes revendications. La dette publique s’aggrave, d’autant plus que ce bloc national doit faire face à la montée de la gauche.  L’Europe subit les conséquences de la guerre sur son sol, mais les Etats Unis ne sont pas en reste. Ils connaissent une période de reconversion de guerre, conduisant à des faillites industrielles et des grèves. Le climat social est très secoué. Une économie néolibérale s’installe dans le but du démantèlement des gouvernements de guerre, mais ne convient pas aux forces de Les syndicats ouvriers enrôlent de plus en plus au sein de leur rang des ouvriers d’industrie qui veulent un monde social. Les idées sociales prennent forme. L’Espagne n’est pas en reste car elle aussi connaît des soulèvements sociaux. En Andalousie, les mauvaises conditions de travail provoquent l'occupation des terres, ainsi que des grèves. Les revendications sociales se multiplient. la gauche qui se développent.

 

  1. Les oppositions aux gauches: un activisme anti révolutionnaire

Malgré un contexte propice aux revendications sociales et à la montée de la gauche, certains pays démocrates rejettent la gauche et la République sociale par peur du bolchevisme. Suite à la défaite de l’Allemagne, l'Empire laisse place à la République. Les conservateurs et les nationalistes méprisent ce nouveau régime  quand elle signe le Traité de Versailles. Le groupe le plus virulent envers cette République sociale, ce sont les corps francs. Ces derniers représentent la droite ultra nationaliste n, opposition avec la gauche. "L’anti socialisme des corps francs a été rodé par la répression qu’ils ont exercée contre les émeutes ouvrières du printemps 1919” écrit Robert O Paxton dans son ouvrage “L’Europe au XXe siècle”. Ils associent l’anti socialisme à la défense du territoire. Cette haine peut s’expliquer par la honte que l’Allemagne  connaît suite à la défaite,  à cause du Traité de Versailles, mais aussi par la peur du bolchevisme. Ces ennemis de la République vont jusqu’à participer à des tentatives de coups d'État. C’est ainsi qu’en Mars 1920, les corps francs de la brigade de Erhardt participent au coup d’état nationaliste de Wolfgang Kapp à Berlin. Les mouvements de gauche inquiètent la droite et ne leur laissent que peu de place.

Aux Etats Unis, pays libéral par excellence, il va se développer une répression de la gauche.  

En effet, une poussée communiste s’appuie sur le mouvement social qui suit la première guerre mondiale. Face à ces partis révolutionnaires, le gouvernement américain répond par la répression. Le ministre de la Justice Arthur Mitchell Palmer parle même de “complot communiste” contre les Etats Unis. Tout comme en Europe, ils ont peur du bolchevisme. Le communisme apparaît comme l’idéologie à abattre. Le théologien protestant Reinhold Niebuhr dénonce le communiste et le président Truman se sent obligé de s’exprimer publiquement contre le communisme. Les Etats connurent une période dite “la peur rouge” .

Un "anarchiste européen" s'attaquant à la liberté

C'est une période d’anti communisme en réaction à l’arrivée du bolchevisme, des anarchistes et des gauches plus généralement. Ainsi, deux anarchistes italiens sont exécutés après être accusés d’un hold-up qu’ils n’avaient pas commis. 

Ce schéma anti communiste au sortir de la guerre s’observe aussi en Italie avec les squadri. Ce sont des escadrons comme les corps francs, au service de grands patrons contre les communistes, les anarchistes et les socialistes. Petit à petit, ils vont former un parti politique appelé le parti national fasciste.  

Malgré une poussée sociale et une gauche en émergence à la fin de la guerre, certaines démocraties repoussent les gauches par peur du bolchevisme. Cependant, tous les pays n’agissent pas de cette manière car la gauche va trouver des interlocuteurs de plus en plus nombreux. Les acteurs de gauche de ces différents pays font face à des forces conservatrices ou de droite extrême très puissantes, voire à la tête du pays, lorsque débute la guerre d’Espagne. L’Allemagne était sous la domination du parti national-socialiste depuis 1933 et, en 1936, la démocratie avait complètement disparu, des militants de gauche s’étaient alors réfugiés dans les pays voisins, où ils continuaient de produire des discours politiques. La France du Front populaire devait, elle, affronter la puissance des ligues d’extrême droite qui voulaient instaurer un gouvernement d’inspiration fasciste ainsi que la menace des gouvernements nazi et fasciste à ses frontières.

  1. Une augmentation des revendications sociales: la gauche trouve une place en politique

Le mouvement social que la crise a généré a permis l’épanouissement des gauches en Europe et aux Etats Unis. On assiste à une poursuite du mouvement amorcé avant la guerre, qui est celui du suffrage universel et le régime républicain. C’est ainsi que le régime républicain devient une valeur de référence au sein de l’Europe. De nouvelles constitutions apparaissent prenant le modèle des vainqueurs occidentaux. Les effets du nivellement social dû à la guerre transparaissent dans les politiques d'après-guerre. Les parlementaires socialistes, parfois issus de la classe ouvrière, participent au gouvernement. Tandis que le nouveau président allemand Friedrich Ebert, ancien apprenti sellier, devient membre du parti social-démocrate; le premier mouvement travailliste est fondé en 1924 au Royaume Uni. Bien que les élections de Décembre 1923 aient confirmé la position des travaillistes comme principal groupe d’opposition face aux conservateurs, ni les libéraux, ni les travaillistes obtiennent la majorité. Le chef du parti libéral, Asquith décide de donner au parti travailliste une première expérience de la vie gouvernementale, montrant la montée de la gauche mais toujours timidement. C’est ainsi qu’avec le soutien du parti libéral, Ramsay Mac Donald forme en Janvier 1924, le premier gouvernement socialiste. Mais ce gouvernement dit travailliste va davantage se montrer libéral car représenté par un seul radical, John Wheatley. Ce dernier va d'ailleurs faire voter une loi sur le logement. Elle permet l’octroi de subventions pour la construction d’un nouveau logement urbain à loyers régulés. Les efforts sociaux s’arrêtent presque là, tout de même, des hommes même d’origine modeste peuvent entrer au sein du gouvernement. Mais ce gouvernement dit travailliste ne durera que dix mois, preuve que la gauche n’est pas encore parfaitement implantée dans l'échiquier politique. A la suite de cet échec, c’est le retour à un gouvernement conservateur suite aux élections d’octobre 1924. C’est le conservateur Stanley Baldwin qui prend la tête du gouvernement. Tandis que la gauche britannique souhaite une plus grande démocratie sociale, Baldwin s’oppose à cela pour faire face à la crise que traverse le pays. Les exportations sont au plus bas et le chômage augmente. Baldwin déclare en 1925 que “ tous les ouvriers de ce pays doivent consentir à une diminution de salaire pour aider à remettre l’industrie britannique sur pied”. 

En France, la coalition conservatrice du Bloc National, au pouvoir depuis 1919 et dirigée par Poincaré depuis 1922, perd les élections de 1924. En effet, le Bloc National est l’instigatrice de l’occupation de la Rhénanie, que le cartel de gauches onni. Cette coalition échoue à relever économiquement le pays donc ils seront  battus par une coalition de gauche, c’est le cartel des gauches. Ils surfent sur le mécontentement social de la période. Cette victoire électorale du Cartel des gauches provoque une crise institutionnelle. Elle oblige le président Millerand à démissionner. Après l'élection de Gaston Doumergue, elle soutient un gouvernement radical avec à sa tête Edouard Herriot. Mais encore une fois, la gauche n'a pas su rester au pouvoir car elle échoue aussi économiquement à redresser le pays. L’inflation est énorme, ainsi le gouvernement s’engage à ne pas accroître la création monétaire jugé responsable de cette inflation et de la dépréciation du franc. C’est ainsi que la loi du 31 Décembre 1923 fixe un plafond aux avances de la Banque de France. Soucieux de ne pas le dépasser, Herriot est contraint de recourir à des expédients. Le peuple ressentant les difficultés économiques, demandent le remboursement des bons du Trésor. En même temps, les socialistes réclament un impôt sur la fortune, ce qui provoque une sortie de capitaux et accentue la baisse du franc face à la livre et au dollar. Contraint de demander une augmentation du plafond, le gouvernement est remplacé de nouveau par Poincaré. 

L’Espagne aussi fit l’expérience d’un mouvement social nommé le Trieno Bolchevique. En effet, l’Espagne au sortir de la guerre connaît des tensions sociales, l’économie ralentit. Le pays est surtout secoué de mouvements sociaux, notamment en Catalogne. On y trouve un mouvement anarchiste qui est hostile à la monarchie espagnole. En Avril 1931 à lieu des élections municipales, que les républicains de centre gauche gagnent. Au lendemain de cette victoire, ils prennent le pouvoir et le roi Alphonse XIII part en exil. C’est Manuel Azana qui dirige le gouvernement et c’est sous lui qu’une nouvelle constitution est créée. Elle est considérée comme la plus progressiste.  Cette Constitution correspond à la poussée de la gauche. Quant aux Etats Unis, la dépression a accéléré les idées de gauche. Le président Roosevelt met en place le New deal pour vaincre la misère sociale qui sévit. Il intervient dans l’économie, écartant la politique libérale traditionnelle. 

Les pays européens et les Etats Unis trouvent fascinant la gauche et plus particulièrement le communisme. La révolution russe a fasciné le monde ouvrier européen car il représente la consécration de l’utopie d’une société sans classes et d’une véritable démocratie sociale. Lénine dans son ouvrage “Etat et Révolution” dit qu’il faut rompre avec le capitalisme, mettre en place un régime sans libertés, dirigé de manière dictatoriale pour favoriser les masses et casser la bourgeoisie.

Lénine au IIème Congrès de la IIIème Internationale

Tous les mouvements sont appelés à rejoindre le IIIe Internationale et former un grand groupe communiste. En France, ce sera au sein du Front populaire que cette union des gauches va se faire contre le fascisme. Ce Front populaire est l’alliance des forces de gauche conclues en 1935, parvenues au pouvoir en Mai 1936. Provoquée par l’ampleur de la crise de 1930, cette alliance est conclue à la suite de revirements successifs du PCF et du Parti Radical. Cette alliance cherche à convaincre un maximum de catégorie de personnes, et c’est ainsi que leur campagne électorale fut marquée par la “main tendue” de Maurice Thorez aux catholiques et par les mots d’ordres inhabituels des communistes pour “une France libre, forte et heureuse”, ‘pour l’ordre”. La crise de 1930 a conduit à une réelle fascination communiste même aux Etats-Unis, mais le communisme n’est pas une idéologie qui intéresse beaucoup les américains, en général en faveur du libéralisme. En Angleterre, le pouvoir de la propriété privée et le libre échange reste fort donc le communiste reste faible. Malgré tout, il y a le parti travailliste qui souhaite rejoindre le Komintern. Des militants communistes entrent dans des syndicats pour faire diffuser leur idée révolutionnaire sans réel succès. Une alliance entre le parti travailliste et les communiste fut un échec en 1934. Cependant, beaucoup d'étudiants et de hauts fonctionnaires sont influencés par ces idées de la gauche

 

II/ La montée des dictatures face aux mouvements de gauche affaiblis

  1. Le “classe contre classe” des gauches comme vecteur de l'épanouissement des totalitarisme

Les gauches, malgré des oppositions de la droite, s’installent de plus en plus. Mais elles ne sont pas unies dans un seul but, celui d’une justice sociale, d’un monde égalitaire et proche de l’Homme. En effet, Staline développe son influence communiste dans toutes l’Europe et même au Etats Unis et appelle ses partisans à suivre la politique de classe contre classe. C’est au congrès du Komintern de 1928 qu’il impose cette politique. Elle correspond à l’opposition de deux classes, la bourgeoisie et le prolétariat par rapport aux moyens de production que l’un a et que l’autre subit. Cela engendre une paupérisation qui ne peut cesser que par la lutte des classes. Cette politique oppose plusieurs mouvements de gauche. Le parti social démocrate apparaît comme un vrai ennemi et aucune entente avec celui-ci n’est possible. Pendant ce temps-là, tandis que les gauches s’affrontent entre elles, les fascistes italiens, allemands et espagnols apparaissent. Le parti communiste français et les autres partis européens voient leurs partisans diminués. Le fascisme s’engouffre dans une brèche ouverte et se développe. Cette politique soutenue par Staline fait écho à l’épisode du Congrès de Tours en 1920. En Décembre, la scission est inévitable, Cachin et Frossard quittent la SFIO pour fonder le Parti communiste français, la SFIC. Après la scission, le fossé se creuse entre les socialistes de plus en plus critique face à l’évolution prise par la révolution russe et proposant des programmes d’action gouvernemental, et les communistes, que les difficultés internes de la Russie soviétique et les échecs révolutionnaires allemands amènent à se replier sur eux-mêmes

 

  1. Le rayonnement des fascismes au détriment des gauches 

C’est dans un contexte chaotique que naissent les fascismes. C’est la fin de trois régimes démocratiques en Europe. En Italie, le 29 Octobre 1920, Mussolini est appelé au pouvoir dans le cadre d’un gouvernement ordinaire, la monarchie parlementaire. Mais dès novembre 1992, il obtient de la chambre, les pleins pouvoirs en période d’exception, marquant l’avènement de son pouvoir totalitaire. Mussolini à la tête de l’Italie rencontre des oppositions de la gauche mais pas que, et va donc créer une police d’Etat, la milice qui écarte les opposants au nom de la sûreté de l’Etat. L’un des mouvements de protestations qui a fait couler beaucoup d’encre et le soulèvement de Matteotti. Afin de dénoncer le régime de Mussolini, il expose à la presse son point de vue accusateur. Peu de temps après, il est assassiné par une milice fasciste. Les 50 députés de l’opposition vont alors se retirer de peur pour leur vie, laissant le champ libre au parti fasciste. 

En Allemagne, la République de Weimar laisse place à la terreur d’Hitler. Ce dernier s’appuie sur l’incendie du Reichstag en Février 1933 pour arriver au pouvoir. Il y accuse les communistes pour atteindre finalement les pouvoirs exceptionnels. Il supprime le pouvoir des Landers et le KPD. Tous les partis de masses sont mis hors la loi pour éviter tout contre pouvoir et notamment de la gauche qui fait une poussée sociale au sortir de la guerre. La démocratie bascule en dictature car seul Hitler possède les pouvoirs. Le parti social démocrate est dissous et le NSDAP devient le seul parti autorisé. Tout comme en Italie, il met en place une répression des opposants à l’aide de la gestapo et supprime les communistes. 

En Espagne, le pays est divisé entre les nationalistes et les républicains. En 1936, c’est la gauche qui gagne les élections sous la bannière du Front Populaire qui réunit les socialistes, les communistes et les républicains. Ce gouvernement est faible et peut être soutenu par la gauche espagnole. De plus, des affrontements ont lieu entre communistes et anarchistes. Les anarchistes refusent l’autoritarisme communiste. Franco devient chef du gouvernement à la mort de Sanjurjo et prend tous les pouvoirs. Il va instaurer une terreur blanche, autrement dit, une répression franquiste. Ce sont des exécutions et des répressions politiques exercées par le camp nationaliste puis par la dictature franquiste. Les gauches doivent faire face à cette montée du fascisme car ils ne peuvent tolérer de telles répressions. 

Ce fascisme fascine tout autant qu’il fait peur et s’implante partout. Le régime de Vichy fut une parenthèse dans l’histoire de France qui était proche de l’autoritarisme. 

 

  1. Les démocraties européennes et les Etats Unis formant un blocage des gauches

Les fascismes montent et malgré une quelconque fascination de la gauche, les démocraties européennes connaissent un blocage à leur insu. En France, le SFIO et la CGT sont hostiles au communisme. Les socialistes sont victimes d’une répression gouvernementale, des syndicalistes sont arrêtés, 15 000 agents de chemin de fer sont révoqués. Des associations d'anciens combattants essaient de remplacer les grévistes avec les ligues d'extrême droite. Un bloc de droite se forme contre les socialistes assimilés aux bolcheviks donc ils sont rejetés. Le mode même de scrutin en 1919 est changé de tel sorte qu’il soit plus favorable à la SFIO. Tout a été fait pour empêcher le développement du communisme conduisant à la radicalisation. La majorité de la CGT à expulser les syndicalistes communistes qui eux ont formé la CGTU. 

Dans l’Europe et aux Etats Unis, l'autoritarisme trouve des adhérents. Au lendemain de l’arrivée au pouvoir d’Hitler, est créé la Silver Legion of America qui se revendique anti communiste et antisémite.

Emblème de la Silver Legion of America

Ses adhérents sont les Chemises d’Argent et prônent la race supérieure américaine. Cette organisation connaît un franc succès et est même financer par Hitler qui veut construire un ranch proche de Los Angeles pour en faire le siège social du fascisme dans le Monde. En France, les gauches doivent faire face aux ligues de droites, qu'elles soient catholiques comme la Ligue d’Action française ou bien les Croix de Feu, association d'anciens combattants. 

 

III/ La gauche comme antidote démocratique à la chute même des démocraties 

  1. La résistance des gauches contre le fascisme 

Les gauches européennes et outre atlantique ont connu le soutien de l’opinion et le rejet. Cependant, ils s’accordent pour lutter contre la montée du fascisme. Au sein des démocraties occidentales, les partisans d'une action militaire contre Hitler sont des soutiens du Front Populaire. Ils veulent une alliance plus étroite avec l’Union Soviétique et attendent l’aide de l’Espagne républicaine. Après les évènements du 6 Février et la grève générale du 12 Février 1934, le PCF était resté fidèle à l’isolement sectaire de la tactique “classe contre classe” que lui avait imposé Moscou. La prise de conscience du danger nazi par Staline fut à l’origine de son retournement brutal. Il appelle à une action commune proposée à la SFIO lors de la Conférence d’Ivry. C’est un pacte d’unité d’action communiste socialistes. Son comité d’organisation adopta le règlement du Front populaire axant sur la “coordination des forces antifascistes”. Toujours le 12 Février, des manifestations anti fascistes sont organisées à la fois par des militants communistes mais aussi socialistes, qui se rejoignent dans le même but, bloquer les totalitarismes. Le 5 Mars est créé le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes qui réunit des socialistes, comme Paul Rivet, mais aussi des communistes comme Paul Langevin et des radicaux.

Les gauches françaises ne furent pas les seules à combattre ou dénoncer les fascisme européens. En Italie, à la suite de  l’assassinat du député socialiste Matteotti après avoir dénoncé le gouvernement de Mussolini, c’est le libéral Giovanni Amendola qui devient le leader de l’opposition. Certains mènent une résistance intellectuelle comme l’ex président du Conseil radical Francesco Nitti qui s’exile en France pour publier “La Démocratie” contre Mussolini.  Outre cette résistance intellectuelle, il y a une résistance politique menée par Pietro Nenni, dirigeant du Parti socialiste italien ou bien Carlo Rosselli qui fonde en France le mouvement “Justice et Liberté”. Les résistances antifascistes perdurent jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En 1943, ces résistants socialiste et communistes vont contribuer à la reconquête du territoire italien. 

L’Allemagne hitlérienne quant à elle va créer des camps de concentration contre ses opposants et surtout les communistes. Désormais, la résistance doit se faire clandestinement à l’aide de tracts, de cartes postales...Les dirigeants du SPD sont dans l’obligation de s’exiler et d’organiser la résistance à distance. C’est le cas du groupe “Neu Beginnen” associant socialiste et communiste. 

La France connaît aussi une vive résistance face aux fascismes mais aussi face aux occupants allemands qui contrôlent une grande partie du pays. Le général De Gaulle fait figure de proue de cette résistance, mais la gauche y participe aussi très activement. C’est ainsi que le député communiste Charles Tillon lance un appel le 17 Juin 1940 contre le “fascisme hitlérien”. Il sera en 1941, l’un des fondateurs du mouvement de résistance des Francs-tireurs et Partisans. 

 

  1. Une  victoire approximative  de la démocratie sociale :vers l’Etat providence 

La France comme les autres pays européens et les USA, à la fin de la guerre, veulent une nouvelle démocratie, une démocratie plus sociale. Léon Blum écrit lors de sa captivité “A l’échelle humaine”.

Léon Blum

Il y explique son projet d’une nouvelle démocratie, plus proche de l’Homme et plus social. En effet, pendant la guerre, on réfléchit à comment reconstruire un régime stable et juste sur les cendres d’un champ de bataille. Dans un souci de rendre la démocratie plus sociable, est créée une commission pour la Réforme de l’Etat de Gorin au sein de la France libre. Le Conseil national de la résistance, lui, travaille pour l'interventionnisme de l’Etat dans l’économie et le domaine du social, tout en favorisant l’égalité. Il y a un grand chamboulement sur le plan économique car il y a l’éviction des féodalités économiques, plus de monopole dynastique. Un droit au travail plus respectueux des travailleurs émerge par l’instauration des congés payés et un ajustement des salaires, le droit à la liberté syndicale… La gauche étend son influence sur la scène politique, faisant de la démocratie, une démocratie interventionniste et protectrice. 

Le Royaume-Uni n’est pas en reste. Suite à une politique très rigide menée par Churchill en temps de guerre caractérisée par les pouvoirs exceptionnels, le contrôle des prix et des salaires, l'interdiction des grèves… Le pays aspire à plus de social.  C’est l’archevêque de Canterbury qui est notamment très impliqué dans la promotion d’un nouvel ordre social. Le roi George VI va faire de même en multipliant les signes d'intérêt pour une démocratie plus sociale. Churchill va nommer en 1942 le travailliste Clement Attlee Vice premier ministre, prouvant sa bonne volonté sociale.

Clement Attlee

Il va notamment pousser à la nationalisation face aux entreprises privées et s’entoure de syndicalistes qui connaissent la réalité du monde du travail. En Juillet 1945, les travaillistes gagnent les élections face à Churchill. Leur programme est l’application des réflexions d'avant-guerre. Ils prônent une unification de tous les systèmes sociaux avec un minimum social. L’un d’eux, Beveridge met en avant l'Etat providence, l’Etat qui doit concourir au bien être de ses citoyens. Cela passe par une sécurité sociale et une allocation chômage et maladie. 

Les gauches ont su imposer leur idée qui ont mûri durant l’entre deux guerres, ouvrant à un Etat providence en France, au Royaume et même aux Etats Unis. 

 

En conclusion, les gauches européennes et celles des Etats Unis émergent plus fortement au sortir de la Première Guerre mondiale. Les crises successives ouvrent à une volonté, celle d’une démocratie sociale empreinte d’égalité, de meilleures conditions de travail… Cependant, les Gauches sont divisés selon la tactique du “classe contre classe" de Moscou. Ils n’arrivent pas à rester solidement à la tête du gouvernement. En raison des affrontements qui ont lieu entre eux, le fascisme monte et utilise l’esprit de revanche des peuples bafoués par la défaite de la Grande guerre, pour se développer.  Les gauches désormais font front ensemble  face au fascisme pour protéger la démocratie. Acteurs essentiellement dans la résistance, ils ont su instaurer petit à petit un Etat providence. 

 

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